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Reaction essent.be: Le marché libéralisé de l’énergie : il est midi moins cinq

23 Jan 2019

Kontich, 23 janvier 2019 - Fin décembre, le fournisseur d’énergie liégeois Zéno annonçait qu’il mettait fin à l’approvisionnement des ménages en électricité et en gaz. Zéno était ainsi la cinquième entreprise d’énergie à jeter l’éponge en 2018, et ce n’est en rien une surprise. La ‘politique de l’énergie’ belge est enfermée dans un cercle vicieux. Les factures d’énergie ne cessent de grimper et cela signifie des prix d’achat plus élevés, davantage de préfinancement et un plus grand risque de défaut de paiement. Les petits acteurs ne savent plus garder la tête hors de l’eau et les géants de l’énergie décident de fusionner. Le résultat ? Une consolidation du paysage énergétique et potentiellement des factures d’énergie encore plus élevées. Il est donc grand temps que les gouvernements réagissent. Pierre Pignolet, CEO de essent.be, partage sa vision sur l’état du marché énergétique belge.

Les taxes les plus élevées d’Europe

De plus en plus de Belges éprouvent des difficultés à payer leurs factures de gaz et d’électricité. Des chiffres récents de la Vreg, le régulateur flamand de l’énergie, montrent que près de cent mille plans de paiement ont été ouverts l’année dernière en Flandre. Il s’agit d’une augmentation alarmante de près de 20%. Ils n’ont jamais été aussi nombreux qu’en 2017 et ce ne sera guère mieux en 2018 ainsi qu’en 2019. Entre janvier 2015 et janvier 2018, la facture annuelle d’électricité est en effet passée de 676€ à 938€ pour un ménage moyen, soit une hausse de près de 40%.

Il faut savoir que la composante énergétique n’a qu’un impact limité sur le montant final de la facture d’électricité. Plus des 2/3 de la facture sont composés de taxes et de redevances. Si nous regardons comment font nos voisins, seule l’Allemagne fait moins bien que la Belgique en matière de taxes et de redevances. Et cela alors que le prix de notre électricité se situe aux alentours de celui de la France et des Pays-Bas. Du moins, c’était le cas il y a encore quelques mois. Avec l’arrivée de la période hivernale, les prix de l’énergie continuent de s’envoler.

Absence de climat d’entreprise stable

La hausse spectaculaire du prix de l’énergie est un point noir pour les clients mais elle a également un impact négatif sur les fournisseurs. Si le prix des factures d’énergie continue de grimper, les prix d’achat augmentent, il y a davantage de préfinancement et un risque accru de défaut de paiement. La situation dans la Région de Bruxelles-Capitale en est un exemple frappant.

De plus en plus de fournisseurs d’énergie se retirent de la capitale. Pourquoi ? Le risque de défaut de paiement chez les clients habitant Bruxelles est devenu élevé cette année et cela a une influence énorme sur le marché. Moins d’acteurs signifie en effet moins de compétitivité et, par conséquent, un prix de l’énergie plus élevé. Pour les plus petits acteurs du marché de l’électricité, les prix de gros croissants deviennent intenables. Songez aux discounters, comme EnergyPeople qui, dans le sillage d’Anode, réduit ses activités, et à Zéno qui jette l’éponge fin 2018.

Il est temps que le gouvernement belge, avec ses quatre ministres de l’énergie opérant chacun dans sa sphère, s’inquète du climat d’entreprise dans le secteur de l’énergie. Le coût pour entreprendre dans le secteur de l’énergie est devenu trop élevé et la fusion de quelques grands acteurs, comme Lampiris avec Total ou Eneco avec Eni, entraîne de surcroît un rétrécissement du paysage énergétique, alors qu’il devrait y avoir de l’espace pour de petits acteurs innovants ou de niche.

Pouvoirs publics, agissez !

Contrairement à mes collègues concurrents (comme cela était mentionné par un journal flamand le 2 janvier dernier), je pense qu’il y a bel et bien en Belgique de l’espace pour de petits et de grands acteurs sur le marché de l’énergie. Avec une base de clients fidèles et le soutien d’une entreprise mère forte, essent.be a davantage protégé ses arrières. Mais si nous voulons stabiliser le marché de l’énergie, avec de grands et de petits acteurs de niche, il est urgent que le gouvernement prenne des mesures.

La première condition est la sécurité d’approvisionnement, une règle de base pour le bon fonctionnement de l’économie et de la société. L’approbation du projet de loi sur le mécanisme de rémunération de capacité (MRC) par le gouvernement en affaires courantes, début janvier, était alors une très bonne décision. Maintenant, il faut encore que le parlement suive. Ce MRC dotera le marché de l’énergie d’un véritable marché de capacité qui garantit la disponibilité de la capacité de production, du stockage et de la demande – la garantie de sécurité d’approvisionnement à long terme en Belgique.

La Belgique compte différents acteurs ambitieux, mais seulement faut-il, en plus de la sécurité d’approvisionnement, un terrain de jeu clairement balisé ainsi que des règles bien définies. La transition énergétique ne sera possible que si l’on crée un cadre réglementaire stable, par-delà les frontières régionales. Offrez une sécurité réglementaire à ceux qui veulent investir dans les nouvelles sources d’énergie ; mettez en place une politique de stimulation mûrement réfléchie ; trouvez un équilibre entre sanctions et récompenses et ne versez pas tout dans le panier des accises et des redevances.

Troisième condition : pas d’immixtion dans la fixation des prix. En novembre 2018, le premier ministre Charles Michel plaidait pour une norme de l’énergie afin de lutter contre les prix d’énergie excessifs. C’est comme un emplâtre sur une jambe de bois. Le marché libéralisé de l’énergie est sous pression et ce climat d’entreprise incertain contribue à augmenter la facture d’énergie. Une norme d’énergie est indispensable, si elle s’attaque aux taxes et aux redevances.

En un mot : mettez en place des règles harmonisées, stables et claires, assurez la sécurité d’approvisionnement et garantissez le libre fonctionnement du marché. Le résultat ? Plus d’acteurs et plus de concurrence. Ce serait tout bénéfice pour le consommateur

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